• Théâtre  • Danse. L’humour au féminin. Deux mondes légèrement détraqués. Deux délicieuses anomalies. ***

Danse. L’humour au féminin. Deux mondes légèrement détraqués. Deux délicieuses anomalies. ***

Le monde un peu absurde au graphisme sombre de Karine Ponties est connu et reconnu mais cette fois elle y ajoute de l’humour tchèque. « Same Same » deux fausses jumelles intrigantes sur un plateau presque nu. A voir au 140 aujourd’hui seulement. Urgent !

Et puis aux Brigittines, deux danseuses chorégraphes Leslie Mannes et Louise Baduel (de la Compagnie « System failure ») explorent le monde des Zombies -Z’ Holos avec le sourire de l’intelligence. Jusque samedi, un luxe en danse : une semaine complète !

« Same Same » de Karine Ponties. Etrange et drôle ***

La danse est internationale puisqu’elle n’a pas l’obstacle de la langue et Bruxelles est en un des centres depuis la création de l’école Mudra de Béjart puis de PARTS d’Anne Teresa De Keersmaeker. Mais la collaboration belgo-tchèque proposée dans « Same Same » est particulière : elle mêle trois univers, celui de Karine, chorégraphe, de Teresa (Ondrovic), danseuse et de Petra (Tejnorova), metteuse en scène d’univers théâtraux singuliers. A la demande des deux Tchèques avec Kafka dans leur code génétique, fascinées par le monde absurde de Karine. Sur scène on voit une puis deux têtes, puis deux bustes puis deux silhouettes en noir et blanc l’une longiligne, l’autre ronde. Laurelle et Hardie ? Sous certains aspects elles ont un look d’employées de bureau modèles, de cadres supérieurs en …représentation, jouant avec des attachés case démesurés. Mais sous certaines lumières ce seraient plutôt de drôles d’oiseaux  » un héron déglingué et un circaète (à poitrine noire) … pour leur part sauvage  » précise non sans humour Karine Ponties. L’une danse avec une virtuosité acrobatique fascinante l’autre subit ou se laisse entraîner. Parfois elles fusionnent sous nos yeux, une jambe (ou une patte ?) en l’air donnant l’impression d’un seul corps ou de faux jumeaux. C’est absurde, donc étrange, beau, drôle, rythmé. Karine renonce à son univers graphique complexe et joue l’épure en noir et blanc, comme un théâtre d’ombres tchèques. La symbiose des 3 univers féminins donne une belle cohérence à l’ensemble, dégageant un absurde angoissant et …comique. Double jeu réussi.

« Same Same » de Karine Ponties. Au 140, ce jeudi 14.

« IA (Initial Anomaly) » ou Intelligence Artificielle. Une science-fiction humoristique. ***

– © Joëlle Bacchetta

Il y a un point commun entre Karine Ponties et Leslie Mannes, une des coauteures de « IA » : Karine a dansé jadis et Leslie danse toujours pour la Cie Mossoux Bonté, imprégnée d’absurde, d’étrangeté et d’humour aussi. Et dans « IA » ce mélange délicat, ce goût des limites entre rationnel et irrationnel est bien présent. Le concept initié et développé par Leslie Mannes et Louise Baduel, interroge l’intelligence artificielle. On voit quatre acteurs/danseurs « zombifiés » (les deux dames et deux Sébastien, Jacobs et Fayard) réduits à des hologrammes ambulants, des photos en 3D, manipulées à partir d’un ordinateur bien visible. Tour à tour ils jouent sur le clavier qui les manipule, victimes et bourreaux en sommes les uns des autres, pendus à un fil, celui de leur ordinateur. Comme nous !  Morts ou vivants ? Manipulés manipulant ? Ils parlent beaucoup et dansent peu, mais la vie du groupe est intense et drôle puisque cette lutte entre le vivant et le mort les transforme en pantins désarticulés. Avec le vieux principe du rire selon Bergson du « mécanique plaqué sur du vivant » : succès assuré pour peu que le rythme et la qualité des situations suivent. Or c’est le cas pour notre grand bonheur puisque la mort aussi fait rire et ils sont tous les 4 dans cet « entre deux », entre vie et mort. On passe donc une heure virtuose où l’intelligence du propos nous sollicite sans cesse. C’est la troisième partie d’un triptyque à base de science-fiction humoristique. On regrette d’avoir raté les 2 premiers épisodes.

« IA (Initial Anomaly) » par la Cie « System Failure ». Chapelle des Brigittines jusqu’au 16 février

 

Cet article est également disponible sur www.rtbf.be

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