• Opéra  • La Monnaie 2026-27. « Roméo et Juliette », « Cendrillon », « Cavalleria Rusticana ». A la recherche d’un nouveau public.

La Monnaie 2026-27. « Roméo et Juliette », « Cendrillon », « Cavalleria Rusticana ». A la recherche d’un nouveau public.

Gérard Mortier, Bernard Foccroulle, Peter de Caluwe : de 1981 à 2025, ces directeurs successifs de La Monnaie ont toujours surfé sur des programmations exigeantes, des metteurs en scène provocateurs et une envie de jouer dans la « cour des  grands » opéras européens. Avec deux Rings wagnériens de fin de règne qui ont coûté fort cher. La nouvelle directrice Christina Scheppelmann, une Allemande passée par les Etats-Unis, a les pieds sur terre. En cette période de restrictions budgétaires elle a exposé sa saison 2026/2027 en présence de celui qu’elle appelle son « Maestro solaire », Alain Altinoglu, une des cartes maîtresses dans son jeu.

Il y a un an, la nouvelle du mandat renouvelé d’Alain Altinoglu a réjoui tout le monde : adoré du public, il a formé un orchestre de grande classe qui s’adapte en souplesse à d’autres chef(fe)s. Une présence rassurante et fédérative. Durant la saison 2026-27, il dirigera le concert d’ouverture Freedom & Fate dédié à Beethoven dans le cadre du bicentenaire de sa mort et deux opéras hors normes : Wozzeck d’Alban Berg, mise en scène de Christophe Coppens et Boris Godounov de Moussorgski signé du metteur en scène, artiste russe en exil, Vasily Barkhatov, le « grand format » de la saison, en coproduction avec l’Opéra de Lyon.

Equilibre financier, opéras-tubes et nouveaux publics.

Si les co-productions permettent d’importer des œuvres fortes en partageant le budget/ressources, Christina Scheppelmann joue à fond sur la carte de l’élargissement de son public. A La Monnaie, la nouvelle directrice lancera quelques pistes. D’abord quantitative, en élevant à 10 les représentations dans la grande salle et en limitant à 3 représentations les oeuvres de la petite salle « Fiocco », à deux expériences contemporaines.

Ensuite par une programmation qui permet d’atteindre un public nouveau, plus jeune, plus diversifié et/ou populaire. Ce n’est donc pas un un hasard si la saison 2026-27 s’ouvre avec Romeo et Juliette de Gounod et un duo féminin aux commandes : la cheffe d’orchestre italienne Valentina Peleggi et la metteuse en scène allemande Julia Burbach, ancienne artiste-résidente du Royal Opera House de Londres (Covent Garden). La fin de l’année nous offre une Cenerentola de Rossini, mise en scène par l’Américain Daniel Kramer et dirigée par une autre femme Speranza Scappucci. Autres œuvres populaires : le dyptique Cavalleria Rusticana de Mascagni et Pagliacci de Leoncavallo, opéras véristes re-mis en scène de Damiano Michieletto, avec la cheffe russe Alevtina Ioffe. En février, Ariane à Naxos de Richard Strauss avec ses registres comico-tragiques sera mise en scène par le Polonais Mariusz Trelinski et conduite par la Fançaise Ariane Matiakh.

Opéras contemporains pour « ici et maintenant ».

Sur l’opéra contemporain, Christina Scheppelmann a des idées précises et pertinentes, en lien avec les préoccupations de nos sociétés actuelles. Ce sera le cas de Lucidity  de la compositrice américaine Laura Kaminsky, créée à New York et centrée sur la maladie d’Alzheimer. Our encore Burmese days  première mondiale du compositeur thaïlandais Prach Boondiskulchok, opéra basé sur le colonialisme britannique en Asie à partir du roman éponyme de George Orwell. Deux opéras de chambre à la salle Fiocco. Avec une envie en filigrane : faire émerger des nouveaux opéras au répertoire en les faisant jouer et rejouer, circuler et recirculer.

La réussite la plus évidente de la mise au répertoire contemporain provient de M. Butterffly de Huang Ruo, un artiste chinois établi aux Etats-Unis. Clin d’œil à Mme Butterfly, il raconte l’aventure d’un diplomate français amoureux d’une Chinoise transgenre qui se trouve être une espionne du régime sous Mao. Créé à l’Opera de Santa Fe en 2022, il sera mis en scène par le Polonais Krystian Lada et dirigé par la cheffe américaine d’origine taiwanaise, Carolyn Kuan. Cet opéra contemporain consacré aura droit à 7 représentations dans la grande salle.

Création de Songs et invitations danse.

Autre « innovation » qui va vers l’élargissement du public. Ne dites plus « récital » mais « songs ».  Ainsi la soprano Jeanine De Bique, originaire de Trinidad-et-Tobago ( qui incarnera le rôle-titre Juliette de fin septembre à mi-octobre ) donnera un récital de gospel & spirituals sur le thème de l’esclavage début septembre. D’autres grands solistes ( le baryton Lucio Gallo, la mezzo-soprano Marina Viotti,…) feront dialoguer des classiques à du jazz, du folk, de la chanson française ou, encore de la guitare électrique. Toutefois Simon Keenlyside n’ajoutera pas les Beatles à son récital ni Matthias Goerne du chant tyrolien à ses Winterreise de Schubert.

Enfin, La Monnaie 2026-27 réintroduit son programme danse avec les artistes invité.e.s, valeurs sûres, connu.e.s de la maison : Sasha Waltz avec Beethoven 7, Anne Teresa De  Keersmaeker sa nouvelle création GLA55 sur les premières musiques minimalo-répétitives de Philippe Glass et IHSANE de Sidi Larbi Cherkaoui. Le tout en poursuivant la collaboration de La Monnaie avec le Théâtre National et le KVS dans le cadre de leur Troika (danse).

La soprano Jeanine De Bique ( qui incarnera le rôle-titre Juliette de fin septembre à mi-octobre ) donnera un récital de gospel & spirituals sur le thème de l’esclavage début septembre. Une artiste en résidence à Bruxelles cette saison, à suivre de près ( jeaninedebique.com ) . Photo (c) Tim Tronckoe.

Le cycle destruction et renaissance traverse IHSANE la dernière création de Sidi Larbi Cherkaoui/Eastman, à découvrir en mai 2027 à La Monnaie.

Au total, cette première saison complète signée de la directrice Christina Scheppelmann est à la fois réaliste financièrement et plus populaire dans sa programmation mais elle garde un bel engagement envers l’opéra contemporain, la diversité culturelle et un rôle accru des femmes cheffes d’orchestre et metteuses en scène. Il semble aussi que l’attrait pour le « Regie Theater » à l’allemande – qui bousculait la Monnaie depuis 1980 – s’efface au profit d’un fort tropisme anglo-saxon, américain et britannique. Wait and see…

Christian Jade

We Are Opera ou la nouvelle saison 2026-27 de La Monnaie à découvrir sur www.lamonnaiedemunt.be

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